(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Doctrine meurtriere des Jesuites preschée par leur Pére Octavius de Hollande"

DUKE 
UNIVERSITY 




DIVINITY SCHOOL 
LIBRARY 



A -4/6- 



A. 4 



r 



vo 

DOCTRINE MEURTRIERE 

"des jesui tes 

PRESCHE'E 

PAR LEUR PERE 
OC TAVIUS 

DE HOLLANDE, 

A BRUGES, 

Chez J A CL" 7- S L 'S N a ! Ri 



Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



http://archive.org/details/doctrinemeurtrieOObrug 



A V E R T I S S E M £ N T. 



SI nous avions reçu plùtoft les avis qu'on 
nous a âonneTjies maximes Imribles que IcP. 
de Hollande a préebées à Bruges, & les Attesta- 
tions par le/quelles il en ejl convaincu : on au- 
roit pu joindre cette pièce a la Nouvelle herefie 
des Jefuites de Dijon , qui efi née de la même 
four ce , & qui part du même principe. 

Mais quoique ces avis & ces Attefiations 
/oient venus après que cette Nouvelle herefie à 
paru , l'on a cru qu'il eftoit important pour le 
bien de laRel gion & de l'Efiatp de découvrir au 
public des erreurs fi pernicieufes. Et comme l'é- 
normité s'en fait ajj'e^fentir par elle-même , on 
na pcis cru qu 'il fût necejfaire de s'étendre en 
des preuves tirées de V Ecriture & des Pères , 
pour faire voir combien ces maximes font con- 
traires a la loi de Dieu , & aux règles mefmes 
de la nature . 

Pour ce qu'on rapporte ici de ce qui s' efi pafié 
en Hollande fur le fujet des fermons du P. de 
Hollande , ^» des plaintes que l'on en a faites ; 
nous l'avons fceu.de plufieurs perfonnes, qui mé- 
ritent qu'on les croie ; & qui ne font pas de ceux 
qui tiennent pour maxime qu'on peut mentir fe> 
même dire les chofes les plus fautes contre ceux- 
de qui l'on a reçu quelque outrage ? ou qui ne 
Suivent pas leurs fentimc»s% 



t 




DOCTRINE MEURTRIERE. 

DES JESUISTES 

P RESCHE'E 

PAR L E PERE 

DEHOLANDE. 

IL y a long-temps qu'on a reproché .aux 
Jeuiites d'enfeigner & de foûtenir des fen- 
timens qui corrompent les mœurs, qui ren- 
■veifent la loi de Dieu & de la nature,& qui font 
tres-pernicieux à la Religion & à l'Etat. Plu- 
fieurs Théologiens Catholiques fe font cru 
obligez de s'oppofer à des maximes fi contrai- 
res à l'Evangile , tant pour défendre i'Eglife 
Romaine contre ceux qui veulent lui attri- 
buer ces fentimens deteitables , comme fi la 
doctrine des Jefuites étoit celle de noltre 
Eglife j que pour découvrir à tous ceux qui 
ne veulent pas être trompez , le poifon .dont 
ces fouirces , je veux dire les livres des Jefuites, 
font i emplies. 

C'eft dans cet efprit de charité pour I'Eglife 
U pour le falut de fes enfans que l'on comptât 



i Doftrlne meurtrière 

le livre de la fréquente Communion contre les 
relâchcmens du P.Nouet , Jefuite i qu'on don- 
na au public la Morale des Je fuites , en mar- 
quant les paroles & les endroits des auteurs 
qui ont enfeigné ees opinions relâchées, impies 
& deteitables } & qu'on écrivit les Lettres Pro- 
vinciales. 

C'eft par ce même zele , & par ce même 
amour pour PEglile , que les Curez du Diocefe 
de Rouen , ceux de Paris , &: ceux d'Amiens 
ayant reconnu que cette Morale corrompue & 
exécrable étoit enfeignée & foûtenuë' publi- 
quement par les Jefuites , en firent leurs plain- 
tes dans toutes les formes & par des écrits 
publics & autentiqucs , à ceux que Dieu 
a établis dans ion Egljfe pour la gouver- 
ner. 

Enfin c'eft par cette charité chreftienné 
qu'on mît en François la Bulle par. laquelle le 
Pape Innocent XI. venoit de foudroyer le 
livre abominable du P. Moya , Jefuite, fous le 
nom d'Amadxus Guimenius -, & qu'on la fit 
paraître avec quelques remarques tous ce ti- 
tre , la M orale des le fuit es juftemenf condam- 
née par Innocent X h &c. qu'on a écrie en di- 
vers pars plufieurs livres contre la Morale re- 
lâchée de ces Pères , & que depuis peu on a dé- 
noncé publiquement au Pape , aux^Evêqucs/aux 
Princes & aux Magiftrats la nouvelle Herefie> 
que les Jefuites ont enfeignée & foûtenuë à 
Dijon, & qui exeufe du péché tous les cri- 
mes des Athées & des impies , quelqu'abomi- 
nables qu'ils puilfent être. 

Que les Jefuites ont-ils répondu , Se que 
répondent-ils encore aujourd'hui à tous ces re- 
proches & à toutes ces plaintes ? Ils dilent avec 
aillirance que ce font des calomnies ; & ils ta. 



des Je faite s. - 3 
client de décrier par tout comme des calomnia- 
teurs &: même comme des hérétiques , tous 
ceux qui leur reprochent la corruption de leur 
Morale , &c qui s'oppoliiu à leurs faulfes maxi. 
mes. C'eft de cette forte qu'ils ont traité l'Au- 
teur du livre de la fréquente Communion-, ceux 
qui ont donné au public la Morale des Iefuites, 
celui qui a écrit les Lettres Provinciales , fans 
épargner même Meilleurs les Curez du Diocefe 
de Rouen & de Paris > qu'ils appellerent pu- 
bliquement desment&irs , des calomniateurs , 
de faux Pafteurs , des hérétiques. Et c'eft de 
cette manière qu'ils traitent encore prefente- 
ment celui qui a traduit la Bulle d'Innocent 
XI. contre le livre d'Amadaeus , & ceux oui 
ont dénoncé à toutes les Puillanccs ccclefiaili- 
ques & politiques la Nouvelle herefis , qu'ils ont 
enfeignee & foûtenuè" à Dijon. 

Cét artifice leur réuifit admirablement. Car 
cmoiqu'il ne foit que* trop vrai & que trop ai\ 
furé , que cette damnable Morale fait cnfci- 
gnée & foûtenuë par les Jefuitcs i & quoique 
tous ceux qui ont lû leurs Théologien^ , & qui 
ont quelque difeernement > en foient convain- 
cus, néanmoins cette doctrine elt fi oppoiée aux 
■règles même naturelles de la conicience , & à 
* oures les maximes de la pieté chi eflienne , 
qu'efle fait horreur à tous ceux qui l'apper- 
çoivent & que Dieu n'a pas frappez d'aveu- 
glement. 

La plufpart des gens ne fçauroient croire 
que parmi les Catholiques il fe trouve quel- 
qu'un qui ait enfeigné une doctrine fi relâchée 
&c fihorriblerfe trouvant fort peu de perfonnes 
qui examinent à fond les choies > & qui en ju- 
gent fur des preuves folides. 

Sur tout lors que les Jefuites difent d'un air 
y A ij 



4 DoFr/ine meurtrière 

affairé qu'il n'eft rien de plus faux , que cC - 
qu'on leur attribue -, & qu'il n'y a que la ja- 
loufie , h haine , & l'envie des ennemis de la 
Société qui les aceufent d'enfeigner une mau- 
vaife doctrine : il n'y a pas un dévot ni une 
dévote de ces Pères qui ne fe fafîe une Re- 
ligion de tenir pour calomniateurs , & même 
pou: hérétiques & ennemis del'Eglife, tous 
ceux qui ofentdire eue cette Morale corrom- 
pue 5c relâchée foit la Morale des Jefuites ; ou 
que quelque Jefuite ait thfcigné , foûtenu , ou 
prêché quelque dectiine qui ne foit pas confor- 
me 2ux \erirez de l'Evangile. 

Ainfi ce qui devroit faire condamner ces Pè- 
res j & les rendre l'exécration de tous ceux 
qui ont quelque (entiment de Religion & de 
pieté > eft cz qui les juftifie i & ce qui fait 
îetomber l'indignation & l'horreur qu'on de- 
■vroit avoir de ces corrupteurs de l'Evangile, 
fur ce^.x qui s'oppofent à leurs pemicieufes ma- 
ximes. 

En un mot , l'énormité de ce que les Jefui- 
tes pratiquent & enfeigneut , jointe a l'air aifu- 
ré avec lequel ils nient ce qui ell le plus vrai, fait 
qu'on ne croit ras ce qu'on en dit de defavanta- 
geux. f 

Et c'eft par là que la plupart du monde, 
qui ne juge de ce qu'on reproche à ces Pè- 
res que fur les vaincs prefemptions , fans en 
examiner la vérité , fe trouve feduit & demeu- 
re aveuglément attaché à ceux dont on ne peut 
fuivre les règles fans s'égarer. & fe perdre. 

Si l'énormité & la hardielfe fe font jamais 
jointes enfemble pour fedunre le monde, Se pour 
l'empêcher de voir la corruption 6c l'impiété 
de la Morale des Jefuites ■■> ç/a été au {ujet de 
ce que le P. de Hollande Jefuite, a prêché à 



des Jefuîtes. 5 
Bruges il y a quelques années , & du reproche 
qu'on nous mande lui en avoir été faitdepuis peu 
par des écrits publics , pour arrêter l'infolen. 
ce avec laquelle il tâche dans fes prédications 
& dans fes entretiens de faire pailer pour des 
ennemis de la Vierge & pour des hérétique des 
Prêtres dont la foi n'eft pas moins pure que les 
mœurs, 

, 11 n'y a rien de plus horrible ni de plus per- 
nicieux , que ce que ce P. a prêché à Bruges. 
Et il n'y a rien de plus vrai que le P. de Hollan- 
de , qu'+n dit être prefentement Millionnaire 
en Hollande , l'a prêché à Bruges dans l'Eglife 
Collégiale de nôtre- Dame. 

Néanmoins fur le reproche qu'on lui en a 
fait , il n'y a rien qu'il n'ait mis en ufage pour 
décrier , au moins comme des calomniateurs > 
ceux qui s'en font plaints. 

Mais l'on peut dire que fi quelque infolence 
a été confondue , e'eft celle de ce Pere : Se 
que fi Jefuite a jamais été convaincu d'avoir 
en feigne ou prêché des maximes qui renver- 
fent toutes les loix de la Religion & de l'E- 
tat, e'eft le P. de Hollande, a qui ni l'horreur 
de ce qu'il a prêché , ni tout ce qu'il a \ û fai- 
re Se dire pour décrier ceux qui ont fait des 
plaintes , ne ferviront qu'à faire éclater da- 
vantage Se l'excès de fa hardielfe 6c la cor- 
ruption de fa doctrine. C'eft ce que nous allons 
Voir. 

Il y a environ cinq ou lix ans que le P. 
de Hollande prêchant à Bruges dans l'Eglife 
Collégiale de nôtre Dame , dit en pleine chai- 
re trois chofes fort confiderables. La premiè- 
re que il les Turcs venant à Bruges > 6c S'en 
étant rendus maîtres , quelques pieux Catholi- 
ques faifoient mourir leurs propres enfans > 



6 Doftrine meurtrière 

de crainte qu'ils ne tombaient enffe les mains 
de ces infidelles , qui les éleveroient dans leur 
Màhometifme -, ils ne fereient en cela aucun 
péché , mais une action méritoire, parce qu'ils 
penferoient bien- faire. 

La i. Que lors que les Mores étoient en 
Efpagne , de fervents Catholiques baptizoicnt 
les enfans de ces Infidelles, & les tuoient en (e- 
cret , après les avoir baptifcz , afin de les aifu- 
rer de leur falut i & qu'en cela ces Catholiques 
zelez n'avoient point otfenféDieu. 

La 3. Que ces mêmes zelez voyamtdans les 
hôpitaux certaines perfonnes , qui après avoir 
mené une vie fort déréglée , fe trouvant à l'ex- 
trémité avoient reçu les Sacremcns , & paroif- 
foient difpofez à fcien mourir i les étouffèrent 
fecrettement , de crainte que s'ils venoient à 
recouvrer leur fanté , ils ne retournalfent à 
leur première vie , & que ces zelez en fai- 
fant celan'avoiem commis aucun péché devant 
Dieu. 

Le peuple fut extrêmement fcandalizé d'en- 
tendre ce Père prêcher de fr horribles maximes. 
Quelques uns en firent des plaintes -, & le 
Palpeur de cette Eglife en étant averti voulut 
s'informer de la vérité de ce fait. Il fit venir 
chez lui plufieurs de ceux qui avoient a/Tîfté à 
cette prédication : leur ayant demandé s'il n'é- 
toit pas vrai que le P. de Hollande eût prêché 
ces chofes , ils attefteicnt tous qu'il les avoit 
prêchées & qu'ils les avoient entendues. Sur 
cette information le Payeur fe crut ebligéde 
defabu fer fon peuple , & de réfuter en pleine 
chaire de fi damnables maxirnes > qui font des 
fuites d'une des erreurs de l'ancien hérétique 
Pelage , qui enfeignoit que le mal que l'on 
fait par ignorance , n'eft jamais péché , fit ce 



des Je fuîtes. 7 
n'cft lors qu'on a négligé volontairement de 
s'inftruire de ce qu'on efl obligé de fçavoir. 

[ Céc héreliarque fut contraint d'abjurer au 
moins en apparence cette erreur dans un Con- 

| cile de Palclline , pour n'y être pas condamné. 
Au (fi fit-on courir un ^bruit à Bruges que le 

\ V. d'Hollande devoit révoquer ce qu'il avoit 
prêché. Mais il fe fait lui-même un point d'hon- 
neui j&il tient pour une grande injure qu'on dife 

[ qu'il fe foit rétracté. 

Quelques années après que ce Jefuite eut 

;■ prêché à Bruges une doctrine fi abominable, 
on l'envoya en Hollande pour y être Mif- 
fionnairc en la ville de Rotterdam. A pei- 
ne y fut-il arrivé , que pour fe faire de la ré- 
putation , il entreprit de décrier comme des 

I hérétiques, des impies , & des ennemis de la 

' Vierge tous ceux du Clergé qui ne fuivent pas 

;. les fentimcns de la Société , & qui s'attachent 
plus à la doctrine de S. Auguilin de de l'Egli- 
fe , qu'à celle du Jefuite Molina. 

La manière infolente & feditieufe , avec la- 
quelle il en a parlé dans fes Prédications & 
dans fes Catechifmes , efl: allée fi avant , que 
l'Archiprêtre & l'Evêque même (e font trou- 
vé obligez de l'en reprendreimais il n'a témoi- 
gné que du mépris pour ce que ces fuperieurs 
lui ont pu remontrer. 

Cette fierté & cette infolcnce ne pouvant 
donc être arrêtée que par une confufion publi- 
que , quelque zélé de cette "Million lui repro- 
cha par un écrit public ce qu'il avoit prêché 
à Bruges. Pour fe défendre de ce reproche le 
meilleur & l'unique moyen que le P. de Hollan- 
de 'trouva , fut de s'addrelïer à l'Evêque de 
Bruges , qui eft tout dans les intérêts de la 



g DoBrlne meurtrière 

Société , & de l'engager à donner une atten- 
tion en fa faveur. 

Pour l'y porter plus efficacement , il lui fit 
entendre que des medifans répandoient qu'il 
lui avoit commandé de révoquer des chofes 
qu'il auroit prêchées mal-à-propos -, fe don- 
nant bien de garde Remarquer en détail les 
proportions qu'il avoit avancées , de crainte, 
que cet Evêque ne s'en fouvinti ou que faifant 
attention aux plaintes qu'on en avoit faites , il 
refu>ât de donner le témoignage qu'on lui de- 
mandoit 

Ce Prélat , ainfi furpris par l'artifice de ce 
Jefuite , & s'étant lailfé perfuader , fans faire 
d'autre attention que le reproche qu'on fai- 
foit au P. de Hollande étoit une pure calom- 
nie & l'effet de l'envie qu'on lui portoit , don- 
na le 3 . jo-ir d'Août une atteftation par lao -el- 
le il déclare en gênerai que le P. de Hollsnde 
a toujours inftruit le peuple d'une manière 
louable & orthodoxe ; & que c'eft par une pu- 
re calomnie & par envie qu'on répand qu'il lui 
a été commandé de révoquer des chofes qu'il 
auroit prêchées mal-à-propos. 

Le P'de Hollande ayant receu cette attefta- 
tion ambiguë & générale de l'Evêque de Bru- 
ges , devint plus fier que jamais : & quoi qu'il 
fuit convaincu en fa confeience qu'il avoit 
prêché tout ce qu'on lui reprochoit , ayant 
perd» toute honte , & ayant le front de ces 
femmes publiques qui demandent réparation 
d'honneur > & qui appellent en juftice ceux 
qui difent ce qi.e tout le monde fçait qu'elles 
font ■•> il fit de vive voix & par écrit de glan- 
des plaintes contre ceux qui lui avoient repro- 
ché ce qu'il aYoitpiêché à Bruges. 



des Jefttîtts. 9 
Il publia par tout cette atteftation , s'en 
fervant en toutes les rencontres pour faire paf- 
|r poqr calomniateurs ceux qui condamnent 
fa Morale. ' 

C'eft par cette inlolence & par cet artifice, 
que , comme nous l'avons remarqué clés le 
commencement, les Iefuites ont accoutumé 
de fe défendre de tous les îeprochcs qu'on leur 
fait , quelque jultes qu'il . s foient » comme on 
le ['•eut voir dans la Defenfe des Cenfures du 
Pape Innocent & dans partie delà 

Morale Pratique de ces Pères , qu'on vient de 
donner au Public. 

Mais , malgré tous ces artifices , il eft de 
rinterelt de la Religion & de l'Etat , que cette 
nfolence foit confondue , & que le P. de 
Hollande foit convaincu d'avoir prêché une 
doctrine toute de fang &c toute meurtrière, 
laquelle il fait gloire encore aujourdhuy de 
n'avoir jamais révoquée. En voicy les preu- 
ves, dont on nous a communiqué les origi- 
naux. 




♦ 



IO 



Doctrine meurtrière 



'Extrait à! une lettre de Mr Moens, 
Paftcur & Chanoine de tEglife de 
notre Dame, en la Ville de Brèves , 
à M. J. V. E. dattée du 5. juin 
1689. 

' T E P. de Hollande, a prêché pendanr quel- 
> | ^gues années dans nôtre Eglife , où il arriva 
? cecy de remarquable , il y a environ cinq ans. 
?> Il dit dans fon feunon qu'il y a quelques ccn- 
• taines d'années que les Mores s'étant rendu 
maîtres de l'Efpagne , quelques Catholiques 
j, Vertueux & ze!ez baptizoient en fecret 
, les enfansdes Mores >&lcs tuoient après les 
, avoir baptizez , de peur que s'ils venoicnt en 
} âge , ils ne flirtent pervertis par leurs pères Se 
, leurs mères : Se qu'il eft probable que ceux 
, qui faifeient mourir àinfi ces enfans n'avoient 
, fait en cela aucun péché : que ces perfonnes 
j pouifées du même zelc voyant dans les Hôpï- 
, taux des malades , qui après avoir mené une 
, vie déréglée , fe Tentant à l'extrémité avoient 
reçu les Sacremens de.l'Eglrfe , & qui étoient 
f pat ce moyen en voye de falut \ ils les étou- 
3 foient en fecret , de crainte que s'ils reve- 
, noient en famé > ils ne retournaifent comme 
, des chiens à leur vomiifement : & qu'il cil 
, aufli probable qu'en cela ces perfonnes n'ont 
t point peché devani Dieu . Je me fuis oppofé 
, publiquement à cette pernicieufe predica- 

' Cette feule lettre devroit confondre la hai- 
dieife ^u P. de Hollande ; mais outre cette 
Jettrc r^PaAeiu même deTEgliie, où le P. 



des Jefitltes. i ï 

de Hollande a prêché certe detefrable doctri- 
ne ? voici un témoignage qu'il en rend en 
meilleure forme après en avoir fait une enquê- 
te , ajoutant qu'il veut bien qu'on s'en fervei 
& que ce fait eft h" certain & fi public » qu'il 
.ne fçauroit penfer que le P. de Hollande eût 
l'alfuranee de le nier. Voici fon Atteitation. 



jjtteftation du même F a fleur , dattée 
du zi. Septembre 16S9. 

J'Attefte par ces prefentes eftre véritable, tc 
que je l'ay appris par des perfonnes dignes <e 
de créance , que le P. de Hollande , Jefuite , " 
étant en ma chaire de FEglife de nôtre Dame à <f 
Bruges, il y a environ cinq ans , exeufa de pe- u 
thé ceux qui far un bon zele ayant baptizé, il <c 
y a quelques centaines d'années , les enfans des <c 
Mores , tuèrent ces enfans pour les alleurer <f 
de leur falut : paieillcment ceux qui avec une *,* 
femblable intention étouferent dans les Hôpi- " 
taux certains malades % après qu'ils avoient <( 
reçu les derniers Sacremens : apportant cette <e 
raiien , qu'ils ne fçavoient pas qu'ils fiiTent <c 
mal. Qujiyant efté ave;ti de ceci par Mr iC 
Connelly , Chanoine de faint Sauveur de (C 
Bruges , qui me demanda fi je foufrirois qu'on iC 
enfeignaft une telle dochine dans ma chaire. " 
Je lui fis réponfe qu'auparavant je devois u 
fçavcir ceuainement que ceUavoit été prêché: < e 
fur quoi ledic Mr Connelly m'amena plufieurs < c 
témoins qui déclarèrent la même chefe. Et le <<• 
Dimanche l'uivant je dis publiquement en ma 
Chaire, que j'avois appris qu'une telle dodrine < c 
avoir ctê enfeignée publiquement , mais que •* 
je fer ois you Dimanche combien cette do&ri- i( 



IL 



Doftrlne meurtrière ' 



ne étoit pemicieufe. Sur quoi Monfieur l'E-l 
vêque de Biuges m'envoya Mr Bleilin , fou \ 
Archiprêtrc > prur élire informé de cette af- 
faire > laquelle il lui raconta. Et fur cela le 
P. de Hollande fut mandé à-l'Evéché i & on 
lui ordonna de" révoquer en chaiie toutes tes 
chofes i félon que je l'ay entendu de la bouche 1 
du Secrétaire de PEvêque. 

Pour confij mat ion de tout ceci & de ce qu'il j 
avoir écrit dans fa lettre du iy. Juin? il ajoute: ^ 
Je fuis fort content que vôtte Révérence fe ferve |j 
de ce que je lui écris en cette lettre , tfr de ce que il 
je lui ai écrit en ma précédente , pour la défenfe I 
df la vérité. Je ne ffaurois penfer que le P. de >] 
Hollande foit fi effronté, que de de] avouer ce que 1 
nous témoignons qu'il a prêché, & ce qu'on peut j 
prouver par plhfieurs autres témoins. 

L'on fe contentera de rapporter ici les deux 
Atteitations qui confirment celle de ce Paf- ] 
teur , Se où deux perfonnes , aufquelles on ne I 
peut rien reprocher, déclarent qu'ils ont en- I 
tendu le fermon du P. de Hollande , & qu'ils I 
luy ont oui prêcher ces maximes meunières. || 
La première eft d'un Prêtre & Chanoine» || 
l'autre eft d'un Procureur de la Cour Eccle- J 
ûaftique de Bruges. 





des Je fuite s. 



[dtteftationdeM. A. Connelly, Prêtre 
Chanoine de S. Sauveur do, Bruges , 
d<cttêe du 19. Septembre 1685?. 

IE fouflîgné Chanoine de Saint Sauveur « 
de Bruges -, attefte par ces prefentes d'à- << 
voir oui dans un feimon du R . P. de Hol- << 
laïade de la Compagnie de Jefus,ce qui fuitj < c 
Que fi. les Turcs s'étoient rendu maîtres de " 
la ville de Bruges , & que quelques perfon- << 
nés, pieufes tuafl'ent leurs enfans, de crainte << 
f qu'ils ne tombaient entre les mains des'* 
; Turcs &: ne Aillent élevez dans leui infi- << 
délit é i ces perfonnes-là ne feroient en cela <« 
aucun pêché,mais une action méritoire, par- 
ce qu'ils penferoient bien-faire. <• 
De plus , fatteite que le P. de Hollande " 
rapporta dans le même fermon ces deux « 
exemples , l'un de l'Hôpital , & l'antre des « 
enfans de Mores , " ( fçavoir 1. qu'il y a 
quelques centaines d'années que les Mores 
s'étant rendus maitres de l'Efpagnc , quelques 
vertueux &: zélez Catholiques baptizoient en 
! fecret les enfans des Mores , & enfuite les 
tuoient , de peur que s'ils venoient en âge , 
ils ne fui viffent la Religion de leurs pères & 
: mères ; & qu'il eft probable que ceux qui 
avoienttué ainfi leurs enfans, n'avoient fait 
' en cela aucun péché, i- Que ces perfonnes, 
pouifées d'un même zélé , voyant dans les 
Hôpitaux des malades qui après avoir mené 
une vie déréglée , fe Tentant à l'extrémité 
avoient reçu les facremens de l'f glite, &é- 
toient'par ce moyen la en voie de falut , el- 
* es les étoufFoie^it en fe«et , de crainte qu* 

C 



T) o&.rlne meurtrière 
étant revenus en fanté , ils ne rctournaflcnt à 
leurs premiers déreglemens : & qu'il eft auffi 
probable qu'en cela ces perfonnes n'avoient , 
point péché devant Dieu , &c. ,» comme il 
,, elt. reppotté dans la lettre de N. Hendrics 
à Robert Moli -, excepte que le P. de Hol- j 
lande ne s'eft point feavi du mot de pobn- \ 
,> ble ; mais qu'il a exeufé abfolument de 
5) péché ces perfonnes. De plus , j'attefte que 
j'ay fait mes plaintes d'un fermon fi feanda- 
leux à Mr l'Archidiacre de Bruges i qui ; 
j, me fît réponfe que ledit P. de Hollande 1 
devoit comparoîtie devant l'Evêque pour 
fe juftifier. Pour marque de vérité, j'ay ; 
fou (ligné cette A tteftarion. lait à Bruges- ;, 
le 19. Septembre 1689. A. Connelly» 
„ Prêtre. 

jitteflatlon de Jean François Bonté, 
Praticien e# la Cour Bcclejtûfllcjue 
d? Bruges , dattée du 21. OBobre 
1685,. 

1" E foufïigné attefte qu'il a entendu , il 
I jy-i y a environ cinq ans , un îèrmon que 
P. de Hollande , Jefuite , fît dans la Chaire 
de l'Eglife de nôtre-Dame de Bruges, & 
qu'il lui a oui dire dans ce fermon entr'- 
aunes chofes , qu'il y a quelques centaines 
d'années que les Mores étant en Efpagne , 
quelques zélez Catholiques après avoir ba» 

5 , ptifé les cnfans de ces Mores , les tuoicnt 
fecrettement , afin de les aflurer par la de 

3 , leur falut : le même P. de Hollande, foûte- 
nant que ces Catholiques n'avoient eommis 

jjejî cela aucun péché > difant de plus qu'il 



des Je fuite s. 15 
»V auroit point de péché , fi en cas-que les « 
Turcs vinfent en ce pais , les pères & les « 
mères tuoient leurs propres cnfans » de peur « 
qu'ils ne de vin Cent Turcs. Qu'il a entendu « 
dire enfuite que le même a du revequer << 
fon opinion. En témoignage de vérité > le c < 
EL Octobre 1^8 <? . Jean François Bonté, " 
Praticien de la Cour Ecclefiaftique de << 
Bruges. " 

. 11 eft fi vrai que le P. de Hollande a prêché 
cette doctrine , que ceux qui l'entendirent, <5ç 
entr'autres des Magiltrats de la Ville en furent 
extrêmement feandalifez , jufqu'â dire que. 
ces horribles maximes étoient plus dignes de. 
quelque hérétique déclaré comme feroit un 
Luthérien, que d'un Jefuite : félon qu'il paroîî 
par l'atteftation fui vante, 

Attestation de Mr Snellaerts , Va fleur 
de .Zerserhern , & de Mr Moens , 
Chanoine & Pafteur de nôtre-Dame 
de Bruges» 

NOus fouflîgnez , étant requis de ren- « 
dre témoignage de la' vérité, déclarons " 
fur la foi de Piètres , que le 7. d'Octobre « 
I&89. nous nous trouvâmes prés midi avec " 
Mr. Rouifel , Marchand au logis de M N. « £0i 
qui raconta que pendant qu'il étoit Admi- « nal, 
niftrateur des pauvres de laParoiife de nôtre- « 
Dame ( de Bruges ) À\ avoit été prelent à << 
un certain fermon du P. de Hollande , Je- 
fuite , dans lequel ce Pere avoit enfeigné « 
qu'il »y a quelques centaines d'années que <• 
de fervens Catholiques baptifoient les en- « 
fans des Mores , & enfuîtes les tuoient par « 

C ij 



Le nom 
ejt exfri. 

'"(■ ans 



1 6 Doftrlne meurtrière 

„ un bon zcle , pour les alterner de leur faiuri 
qu'ils en faifoiem autant à Pégard de cer- 
,, tains malades dans les Hôpitaux. Et qu'en 
,, cela ils n*avoient point péché II dît , outre 
,, cela , que lors qu'il entendit ces chofes de 
la bouche du P. de Hollande , il fît figne 
,, aux autres qui étoient Maîtres des pauvres 
5, avec lui , leur difant , prenez garde à ce que 
le Pere prêche là. lime fembloit, difoit- 
il, que c'étoit quelque Luthérien que j'en- 
tcndois prêcher. Le n. Octobre léè^.Pier- 
j> re Moens , Palteur de l'Eglife de nôtre- 
„ Dame de Bruges. N. Snellacrts, Pafteur de 
3 , Zei Keghein. 

Enfin le fcandale étoit fi grand & fi public, 
que ce fermon étoit l'entretien de la ville , 
comme on peut juger par l'atteltation qui 
fuit. 

\Atteftatlon de Jean Bouvy , Mur* 
chand 9 en datte du 15. Oftobre 
1685?. 

T E foufligné étant requis de rendre 
33 I ^témoignage de la vérité , déclare qu'il 

a entendu dire publiquement dans la Ville 
a, de Bruges , que le P. de Hollande, Je fuite 
,3 a prêché à Bruges , dans l'Eglife de nôtre-* 
3, Dame, qu'en Efpagne quelques zélez Ca- 
33 iholiques tuèrent il y a quelques centaines 
33 d'années les enfans des Mores, après qu'il 
3> les eurent baptifez , comme aufli quelques 
33 perfonnes dans les Hôpitaux après qu'elles 
33 avoient reçû les facremens: fans que ces 
,, Catholiques commilfent en cela aucun pê- 

ché devant Dieu. Il déclare aulTi avoir en-» 
• 



des Je fuites. tf 
tendu dire publiquement que ledit Père a- " 
voit dû révoquer cette doctrine. Le ij. « 
Octobre 1689. Jean Bouvy , Maichand à « 

| Bruges. ec 

Après tous ces témoignages qui portent en 
eux-même le caractère d'une fincerité qui fe 

| fait fentir , & qui conviennent fi parfaitement 
entr'eux : toutes les perfonnes qui ont de l'é- 

| quité , & qui ne font pas prévenues , ne juge- 
ront elles pas que le P. de Hollande eft con- 
vaincu d'avoir prêché une doctrine toute 
meurtrière & toute fanguinaire ? ne jugeront 

; elles pas qu'il faut avoir, je ne dirois pas l'ef- 
fronterie d'un homme fans honneur s mais la 
hardiefle d'un Jefuite i pour nier un fait qui 
eft confirmé par tant de preuves ? Enfin ne 
jugeront-elles pas qu'il faut que ce Pere foit 
étrangement polTedé de l'efprit d'erreur & de 
calomnie , puis qu'au lie» de profiter des aver- 
tilfemens qu'on lui a donné , & des reproches 
qu'on lui a fait •■> il s'efforce de faire palier 
pour des calomniateurs,& des hérétiques ceux 
qui ont témoigne de l'horreur d'une doctrine 
{i pernicieufe. 

Néanmoins avant que de prononeer fenten* 

. ce contre ce Pere , il eft juite de l'entendre , 
& d'examiner ce qu'il produit pour fa dé- 
fenfe , & ce qu'il oppofe à ces témoigna- 
ges ? 

Le premier moyen qu'il employé pour fe g n p 
défendre contre les témoignages qui le ,con- lettre a 
vainquent : f'eft qu'il vient d'apprendre , dit- M- R-du 
il, que le Pafteur, qui a donné avis de ce qu'il 
a prêché à Bruges, eft interdit de toutes fon- " re 1687 
crions Ecclefiaftiques ( quem jam feterti fun- 
ftionibus omnibus interdicium intelligo ) dit- 
il de Mr Moens , Pafteur de l'Eglife Colle- 

C iij 



DoBrlne meurtrière 
giale de nôtre-Dame de Bruges. On.ijgail i - 
qu'il a pris même le foin davoir une copie 
d J unc fentenee que FEvêque de Bruges a ren- 
due autrefois contre lui ; & qu'il la débite, 
comme fi par cette fentenee ce Pafteur étoit 
devenu infâme 5c incapable de rendre témoi- 
gnage. C'eft par cet artifice & par ces im- 
poftures qu'il feduit ceux, qui le croyent , & 
qu'il leur perfuade que tous les témoignages 
qu'on produit contre lui, ne font de nulle 
confideration. 

Mais pour le confondre on lui dit I. qu'- 
encore qu'il fût vrai que ce Pafteur fût actuel- 
lement interdit, il ne feroit pas pour cela plus 
infâme , que le fut le P. Grallet , après que 
Mr. FEvêque d'Orléans Feu: interdit comme 
un calomniateur & un feditieux,en l'an 16^6. 
£t il ne feroit pas plus incapable de rendre té- 
moignage , que ce P#re le fut d'êrrc Redeuj 
dans les Maifons de la Société , fans s'être fait 
lélever de cét interdit. 

z. Il eft faux que l'on ait jamais interdit 
à ce Pafteur toutes les fondions facrées : & il 
eft d'une évidence publique qu'il a toujours 
exercé toutes les fondions de Prêtre & meme 
de Paftear, fi on excepte celle de prêcher : 
comme nous Talions voir. 

3. Il elt faux que ce Pafteur foii interdit, 
ou même qu'il Fait été au tems que le P. de 
Hollande l'a écrit, c'eft- à-dire au mois de No- 
vembre dernier. Qu~ fi ce Pere a.Youlu feule- 
ment dire que ce Pafteur ait été interdit au- 
trefois ; il ne devoir pas dire qu'il l'avoit été 
de toutes les fondions facrées , puis qu'il ne 
le fut que de la prédication : & il de voit ajou- 
ter qu'il fut rétabli hautement & glorieufe- 
ment, après avoir obtenu de fou Métropole 



de s Je fuites. 15 
tai» trois fcntcnces qui calfent celle de l'Eve- 
que Je Bruges en le condamnant même aux 
dépens le 17. de Juillet de l'année 1^87 . Il'eft 
vrai que PEvêque fe voyant honteufement 
condamné eut recours à Pmternance , & mê- 
me au Confeil du R oi. Mais la juftice de la 
caufe de ce Pafteur le foûtintfi puilïamment, 
qu'en fin après plufieurs conreftarions il fut ré- 
tabli j Se il monta en chaire & piêchaavec 
fon zélé & fa vigueur ordinaire, fans fe retra- 
der d'un iota. Voila ce que le P* de Hollande 
ne devoit "pas faire s'il vouloir ne pas imjso- 
fer ■■> & ne tromper pas le monde. Mais n'ayant 
point d'autre moyen de fe défendre contre les 
témoignages de ce Pafteur , que le menfonge 
& Timpoiture ; il a cru en pouvoit faire ufage 
dà majorera fui & fa&> SocictatiS glor am. 

4. Quand les témoignages peu favorables 
que ce Pafteur mid de la doctrine que le P. de 
Hollande a prêchée dans fon Eglife , ne fubfi- 
fteroient pas : les autres > où l'on déclare ce 
qu'on lu a entendu irêcher,ne lailferoienc 
pas de demeurer dans toute leur forcer de d'ê- 
tre fuffifans pour convaincre le P. de Hollande 
d'avoir prêché la doctrine fanguinaire Se 
meurtrière qu'on lui a reprochée 

.L'autre moyen , que le P. de Hollande em- 
ployé pour fecouvrir du reproche qu'on lui 
fait d'avoir prêché une doctrine fi abomina- 
ble : c'eft une atteitation qu'il a mandiée, Se 
qu'il a obtenue de Mr PEvêque de Bruges, in- 
continent après qu'il eut appris ce qu'on avoir 
dit de fon fermon , 8c de la doctrine qu'il y 
avoir piêchée. Cette Atteftation eft conçue 
fnces termes. 



iô 7 Doftrlnt meurtrier e 

tfV B E RT GUILLAUME > 
par la grâce de Dieu , ejr du Siège 
Apoflolique Eve que de Bruges , 
Chancelier perpétuel^ héréditai- 
re de la Flandres , Confeiller <ï E- 
tat de fa Majefé, a tous ceux qui 
verront ces Prefentes , falutdans 
le Seigneur. 

„ T ER.P. Oftavius de Hollande , Prêtre 
>> L de la Compagnie de Je fus , nous ayant 
>> demandé humblement & inftamment un té* 
>> moignage contre ceux qui medifent de lui, 
>> & qui répandent que nous avons comman- i 
» dé autrefois de révoquer des chofes qu'il 
j, auioit prêchées mal-à- propos: "Nous faifons 
», fçavoir par ces prefentes , que c'eft une pu- I 
>, re calomnie qu'on lui attribue par envie, 
j, Nous atteftons même au contraire qu'il a ; 

toujours infhnit le peuple d'une manière 
>> louable & on hodoxe , avec nôtre approba- 
tion & fatisfa&ion , & avec celle de tous 
)y ceux dont les fentimens font droits. En foi 
,> dequoi nous avons donné les préfentes fi- 
>, gnées de nous & de nôtre fecretaire, qui y a 
,> appofé nôtre fceau -, à Bruges en nôtre Pa- 
,> lais Epifcopal le j. jour d'Aouft de l'année 
j 5 1^89 . H.G.Rvêqiu de Bruges. Par le com- 
„ mandement de Monfeigneur P. J.Ifembert, 

pour Secrétaire. 

Voila la mafluë avec laquelle le P. de Hol- 
iande a cru qu il écraferoit tous ceux qui ofe- 
ioientdire qu'il a prêché quelque mauvaife 

do&iine. 



*des Je fuites. v.% 
3o&rine. Voila le livre avec lequel il pippe 
rous Tes dévots & Tes dévotes. Mais cette maf- 
fuë ne fçainoit écrafer que des têtes creufes & 
fani cervelle , & ce livre ne fçauroit tromper 
que des gens fans difeernement. 

Il ne faut qu'un peu de fens , pour voir que 
Cette attel cation a des défauts eifentiels , qui 
»cn ruinent toute la force, & qui lui font perdre 
toute créance. 

L'on y remarque, i.Que non feulement elle 
, jsl été mandiée& donnée aux prières & aux in- 
frances du P. de Hollande , mais l'Evêque de 
'Bruges s'y déclare plus partie que témoi *.T1 y 
'traite de calomniateurs & d'envieux tous ceux 
qui ofent dire, que le P. de Hollande a prêché 
à/ Bruges quelque chofes de mal-à-propos. 

Quand même cela ne feroit pas auiîi vrai & 
.au (fi ceitain qu'il Peft \ quelle preu ve Mr l'E- 
vêque de Bruges pouvoit-il avoi* que c'étoit 
par Envie & par une Pure Calomnie que 
des perfonnes qu'il n'a jamais connu , & dont 
il a beaucoup moins fçeu les difpofitions in- 
térieures, auroient dit que le P. de Hollande a 
prêché à Bruges quelque chofe de mal-à-pro- 
pos ? s'il n'en a aucune preuve , ni aucune con 
i-noiflance, comme il n'en fçauroit avoir n'eft- 
•ce pas fe déclarer partie Paflïonnée contre ces 
perfonnes, que de les traiter de la forte >Et ces 
perfonnes ne font-elles pas en droit de fe plain- 
dre de ces injures atroces , d'en demander ré- 
paration, & de regarder cét Evêque non com- 
me un témoin, mais comme un ennemi empor- 
té , qui a déehiré leur réputation par des ca- 
lomnies , dont il ne fçauroit avoir de preuve ? 

Mr. l'Evêque de. Bruges ne s'étant donc pas 
.contenté de déclarer dansfon atteftation que 
He P, de Hollande jn'a rien prêche de .mal-i- 

D 



il DoÏÏr: ne meurtrière 

propos, qui eft tout au plus ce qu'il pouvoir I 
témoigner , mais s'y étant emporté jufqu'à 
charger d'injures ceux qui auroient dit que le 
P.deHollande a prêché à Bruges quelque cho. 
fe de mal-à-propos -, ne paroît-il pas que cène 
attellation a été di&ée par ce Pere , plutôt que 
par ce Prélat ?Et n'y voit-t'on pas tous les ca- 
ractères d'une partie pafiïonnée , plutôt que 
ceux d'un juge ou d'un témoin definterefle ? 
Quelle cieance mérite donc cette Attellation, 
& qu'elle force peut-elle avoir ? C'eft ce qu'on I 
laiffe à juger à ceux qui fçavent que félon tou- ï 
tes les loix une partie ne peut-être juge ni té- 
moin & qu'un témoignage eft nul , lors qu'on 
s'y déclare partie , & qu'on s'y emporte juf- j 
qu'aux injures contre ceux contre qui on le 
rend : rien ne devant être plus dégagé de parti 
& d'intei eft, qu'un témoin & un juge. 

i. L'on «remarque que cette Attellation ! 
n'eft conçue qu'en termes généraux ;& qu'elle : 
ne dit point que le P. de Hollande n'ait point 
prêché à Bruges , que les pères & mères puif- 
fent en confeience & fans péché tuer leuis en- 
fuis , lors qu'il y a fujet de craindi e qu'ils ne 
tombent entre les mains de gens qui riiivent 
une religion où ils croient qu'il n'y a point de 
falut : ni qu'il n'y ait point prêché i que les 
Catholiques peuvent , fafîs offenfer Dieu, tuer 
les enfans de ces perfonnes-là , après les avoir 
baptifez , de peur qu'étant devenus grands ils 
ne fuivent la Religion de leur perc : ni qu'il 
n'ait -point précï é qu'on peut , fans aucun pé- 
ché, étoufer un malade , qui après avoir mené 
ne vie libertine a reçu les iacremens pour fè 
jfpofer à bien mourir : qui ell ce que l'on re- 
locheàce Perej& ce que lesAtteftations que 
dus avons rapportées affurem qu'il à prêché* 



de s Je fuit es. 25 
Mais cette Atteftation déclare feulement en 
gênerai que le P. de Hollande n'a rien prêché 
de mal- à-propos en la Ville de Bruges , mais 
qu'il y a toujours inftruit ée peuple d'une ma- 
nière louable & orthodoxe. Or comme l'on 
ne lai (fe pas de reconnoître en gênerai quel- 
qu'un pour hoitnelte homme , quoi qu'il foit 
tombé en quelque faute , même ccnfida able ; 
fcinfi Mr l'Evêque de Bruges a au pouvoir di- 
re en général du P. de Hollande qu'il a tou- 
jours inftruit d'une manière louable & ortho- 
doxe j quoi-que ce Pere eut enfeigné une doc- 
trine qu'on ne fçauroit approuver. Mais 
comme l'aveu même pi'blic par lequel on re- 
connoît quelqu'un pour hcnnefre nomme , ne 
le iuftifie nullement de quelque faute particu- 
re qu'il auroit commife -, & ne prouve point 
qu'il en foit innocent , fur-tout fi l'on produit 
des témoignages où il en foit convaincus : de 
même l'atteflation par laquelle Mr l'Evefque 
de Bruges reconnoït en gênerai le P. de Hol- 
lande pour un Prédicateur qui s'eft acquitté de 
fa charge d'une manière louable & orthodo- 
xe, ne le décharge point du reproche qu'on lui 
fait d'avoir enfeigné dans un fermon une doc- 
trine pernicieufe , dont il eft convaincu par 
des témoignages qui font fans reproche. 

Il faut ajouter à ceci que félon les règles du 
droit tant Ecclefiaftique que civil , le genre ne 
déroge pas à l'efpece , mais bien l'efpece au De RtJ 
gemc-.Generi per fpeciem derogatur , dit le Pape gui. 
Bonif&cc VIII. Et le Jurifconfulte Bartole V*r. 6z 
avec tous les autres,que l'efpece détruit le gen- Bartole 
re, lois qu'elle lui eft contraire : Genus' tolli- in Lv. ffs 
tur per fpeciem, feu generi per fpeciem derogatur^ ^ e °î" r: 
quando fpecies eft contraria generi. Cela veut "ï"'™™* 
dire qu'un a&e , qui eft conçu en termes gé* fû f JH' 



2, 4- T)oBrine meurtrière 

ncraux , ne diminue en rien la force de celui 
qui elt conçu en des termes particulier. Mais 
qu'une déclaration , où Pcn dit les choies e» 
détail, traîne celle ^ui ne dit le contraire qu'en 
général. 

Ainfi fuivant cette -ci le , qui eft fondée fur 
l'équité naturelle & fur le bon fens, & qui cil 
fuivie de tous les Juvifcon fuites, aufli bien que il 
•de tous les Canonises , PAtteftation que Mr J 
l'Evêque de Bruges a donnée en faveur du P. j 
de Hollande , n'étant conçue qu'en termes gé- j 
neraux , & difant feulement en gênerai que ce I 
Peie a inftruit le peuple d'une manière loua- i 
ble & orthodoxe , & qu'il n'a rien prelché de 
mal- à- propos : elle n'cmpcfche pas que les 
Atteftations qui déclarent en particulier ce 
qu'il a prefché , ne fubfiftent dans toute leur 
force ; & qu'il ne foit vrai que ce Peie a pref- 
ché la doctrine, que ces Atteftations marquent 
avec les circonftances particulières. Au con- 
traire, félon cette règle , PAtte Ration de Mr. 
I'Evefque qui ne parle qu'en géneial pert tou- 
te fa force & ne mérite nulle créance , après 
des témoignages exprés qui dcpofent le con- 
traire, en marquant en détail ce que ce Pere a 
prefché. Mais peut-être que le P. de Hollan- 
de ne defavoue pas qu'il a prefché ce qui eft 
déclaré fi expreifement dans ces témoignages» 
contre lefquêls il n'a point de reproche à fai- 
re. Il prétend peùt-eftrc uniquement fe fervir 
de l'Atteftation de Mr I'Evefque de Bruges, 
peur prouver , non pas qu'il, n'ait point pref- 
ché cette doctrine ', mais qu'encore qu'il l'aie 
prefehée, il n'a rien prefché de mal-à-propos t 
&z qui ne foit louable & orthodoxe, 

En ce-cas l'on avoue que les témoignages* 
£ui le convainquent d'avoir prefché une doc- 
trine 



des Je fuite s. Ï5 
fcrîne meurtrière & languinaire , ne détruifent 
point l'Attefbtion que Mr l'Eveique lui a 
donnée , en déclarant qu'encore que le P. de 
Hollande eut prefché cette doctrine 3 il n'au- 
roit rien prefché de mal-à-propos , & qu'il 
n'auroit rien enfeigne au peuple que de loua- 
ble & d'orthodoxe. 

Maison a delà peine à s'imaginer que ce 
foit en ce fens que Mr. l' Evefque de Bruges 
ait donné cette Attcftation : n'étant pasaife 
de croire que cét Evefque eût le fens fi perver- 
ti, & fût abandonné à un tel aveuglement , que 
de tenir pour louable & orthodoxe une doc- 
trine qui enfeigne aux pères Ôc aux mères à 
baigner leurs mains dans le fang de leurs pre- 
presenfans -, qui enfeigne qu'on peut égor- 
ger d'innocentes créatures -, & qu'on peit 
' étouffer des hommes , lors qu'on les croit re- 
conciliez avec Dieu. 

Néanmoins puifque l'Atteftation qu'il a 
donnée pour juttifier le P. de Hollande , peut- 
elhe piife en ce fens , &: qu'il elt difficile eue 
cét Evefque ait oublié les plaintes qu'on lui a 
faites du fermon où ce Père avoit avancé 6c 
foutenu cette doctrine , c'elt à lui à s'expli- 
quer, & à donner une déclaration , par laquel- 
le il paroiile qu'il elt fort éloigné d'approuver 
de fi abominables maximes-, & que s'il a d t 
dans Cm Atteftation que le P. de Hollande n'a 
rien prefché que de louable &. d.'oithodcxe,ç'a 
1 été par furprife, & fa^avoir fait îérlexion au 
fermon oû ce Père avoit prefché cette doc- 
trine. 

Cependant en quelque fens qu'on prerhe 
cette Atteltation , elle ne juitifie en lien le V. 
et Hollande -, & elle ne détruit en aucune niî- 
niéie les témoignages unifoiincs qui leçon- 



1 6 DoBrlne meurtrière 

•vainquent d'avoir prefché cette doctrine 
meurtrière & abominable. Car fi on prétend 
qu'elle déclare par les termes généraux , dans 
lefquels elle efl conçue , que ce Pere ne l'a ja- 
mais prefehée : on luy oppofcles témoignages 
finguliers & exprés qui marquent en détail ce 
qu'il a prefché -, & qui par confequent , félon 
la règle de droit , détruifent ce que cét Evef- 
que a dit en général des fermons de ce Pere. 
i'onamefme fujet de croire que ce n'a pas 
été fans deiTein que cette Attention n'a été 
donnée qu'en termes généraux. Le P. de Hol- 
lande fçavoit tres-bien qu'on n'avoit pas dit eu 
général qu'il eût prefché quelque chofe de 
Énàl-à- propos , mais qu'on avoir marqué en 
détail les proportions horribles qu'il a prei- 
chées à Bruges. D'où vient donc qu'il n'a 
point demandé à l'Evefque une Atteftatiod 
qui declaiâc en paiticulier qu'il n'a jamais 
prefché aucune de ces profitions qu'on lui 
attribue, & qu'il s'eit contenté d'en demander* 
une qui témoignât en général qu'il n'avoit 
3 ien prefché que de louable & d'orthodoxe ? 
S'il s'étoit connu innocent de ce qu'on lui im- 
pute, & s'il n'avoit pas été vrai qu'il eut pref- 
ché la doctrine qu'on avoh> marquée en détail 
qu'il avoit avancée & ft ûtenue dans fon fer- 
mon:il auroit fans doute demandé une Atten- 
tion qui déclarât en paiticulierqu'il n'avoit ja- 
mais rien enfeignéde cette doctrine, afin de s'en 
juiîifier pleinement , * pour confondre entiè- 
rement ceux qui lui en aiuoient fait reproche. 

Mais comme ce fait étoit trop public à Bru- 
ges, la fauffeté de V Atteftation deMil'Evcf- 
q;.e auroit été trop vifible , s'il s'y étoit expli» 
quéj& s'il y avoit déclaré que le P. de Hollan- 
de n'a jamais prefché que les pères & les mères 



des Je fuite s. 1 y 

peuvent fans péché tuer leurs enfans s'il y a 
danger qu'ils tombent entre les mains des 
Turcs -, ni que des Chrefticns zelez peuvent 
fins crime tuer les enfans des Infidelles, après 
, Jes avoir baptifez, de crainte qu'étant devenus 
en âge ils ne fui vent la Religion ou plûtofl: 
l'idolâtrie de leurs pères : ni qu'enfin on peut 
par le mefme zélé & fans ofYenfer Dieu, étou- 
fer des malades qui font en de bonnes difpo- 
iitions , lors qu^'on craint que s'ils reviennent 
en fanté , ils ne retournent à la m.uivaife vie 
qu'ils avoient menée auparavant. C'eit ce qui 
a fait croire au P. de Hollande qu'il n'étoit 
pas de fa prudence de demandei-uneAtteftatioii 
qui vint dans ce détail -, & qu'il lui fuffifoit 
d'en avoir une qui fuit conçue en des termes 
généraux, qui, fans marquer ce qu'il a prefché, 
feroit comprendre â ceux qui n'ont pas 
grand difcemement»qu'il n'avoit jamais dir ce 
'qu'on lui reproche ■■> &c que ceux qui lui font 
ce reproche, font des calomniateurs. 

Cette adrelfe lui auroit léuiîldansun pays, 
où l'on ne fçavoit pas communément comme 
on le fçait ici > que le P. de Hollande tinll une 
doctrine fi déteftable & fi pernicieufe, ni qu'il 
l'eût enfeignée publiquement & en pleineEgli. 
fe : fi l'on n'avoit eu des témoignages auten- 
tiques,qui déclarent en particulier qu'il a pref* 
ckéees propefnions fanguinaires Se meurtriè- 
res-, & qui par ce détail renverfent , félon tou- 
tes les règles de droit, l'Atteftation où Mr. 
l'Evefque n'a parlé qu'en termes généraux. 

Que fileP.de Hollande prétend que cette 
Aiteftation n'eft pas tant pour témoigner qu'il 
n'a pas prefché ce qu'on prouve qu'il a prefché 
effectivement , que pour déclarer qu'encore 
qu'il l'eût prefché , on ne pourroit pas dire 



î$ Doftrlrte MêUrtrîere 

qu'il auroit pic fc hé une mauvaife doctrine? i '-" 
s'il prétend, dis- je , que ce foit en ce fens que C' 
Mr L'Evefqne de Bruges déclare qu'il n'a rien 
prefché de déraifonnable & de mauvais , mais c: 
qu'il -n'a enfeigné au peuple qu'une do&rine 
louable & orthodoxe, on lui foûtientque c'eft [ 
ce qui le condamne davantage. 

Car outre qu'on ne croit pas, encore une fois, 
que Mr l'Evcfque de Bruges fçache fi peu la 
loy de Dieu & {bit fi abandonné à l'erreur, que ! 
de reconnoiftre que ce foit là le fens de Ion 
approbation ■■> & de tenir pour louable & or- i 
thedoxe une doctrine qui permet de tuer les 
pius innocentes créatures fous prétexte de les 
aifurer de leur falut : le P. de Hollande en fe 
fervant de l'atteftation de cet Evefque pour 

" juftifier cette doctrine qu'il eft convaincu 
d'avoir prefchéejmarque qu'il la foûtienten-' 
core aujourd'hui comme bonne : ce qui eft le ! 
comble non feulement de fa hardielfe à tout 
avancer & à tout fcûtenir -, mais de fon aveu- 
glement &c de la corruption de fes fennmens. I 
Et quand ils feroit vrai que Mr l'Evefque de I 
Bruges les auroit déclaré tres-louables Se très- i 
orthodoxes i cela ne ferviicit qu'à attirer lut. I 
cét Evefque, aulii bien que fur ce Jeluite , j 
l'horreur & l'indignation de tous ceux à qui I 
il reffce quelque fentiment d'équité & de Re- I 
ligion : la qualité ni l'autorité d 'Evefque ne 
pouvant empefeher qu'où ne detefte une doc- 
trine qui eft fi évidemment oppofée à la loi de' 
Dieu , & fi pernicieufe a la Religion & a l'E- 
âtat. 

La dernière réflexion , qu'on doit faire fur 
l'Atteftation que Mr l'Evefque de Bruges a 
donnée en faveur des fermons du P. de Hol- 
ande,c'eft que ce prélat n'en a jamais entendu 



des Je fuit ef. £5? 

I àucun de ceux que ce pere a faits dans l'Eglifc 

I Collégiale de nôtre- Dame de cette Ville là. 
Or le témoignage que rend quelque perfon- 

I ne que ce foit d'une chofe à laquelle il n'a 
point aflifté ni été prefent, peut-il eftre légiti- 
me > & doit-il eitre crû s'il n'eft foûtenu par 
d'autres ? Lors qu'il ne s'agit que d'un livre , il 
faut que qui que ce fojt qui l'approuve 3 l'ait 

l lû , pour déclarer qu'il ne contient rien qui 
foit contraire à la foi & aux boniv s mœurs , 
mais que la doctrine en eft tres-faine & trés- 
or thodoxe : & s'iî paroift qu'il ne l'ait jamais 
vû ni lû y fon approbation n'a nulle force 5 8c 
ce feroit avoir perdu le fens , que d'y ajouter 
aucune foi. 

Il s'agit ici d'un fermon du P, de Hollande 
dans une matière tres^-imponante -, & de la 
plainte qu'on en a faite , & fur laquelle ce Pe- 
re a demandé à Mr l'Evefque de Bruges qu'il 
donnât fon Approbation à fes fermons. Il l'a 
donnée en déclarant qu'il n'a rien dit dans fes 
fermons qui foit mauvais , & qui ne foit bon 
& orthodoxe. Néanmoins il eft d'une éviden- 
ce publique que cet Evêque n'a jamais entendu 
les fermons dont il eft queftion. Que tous 
ceux qui ont du fens, jugent donc quelle créan- 
ce on peut devoir à cette Approbation, ou At- 
teftation. 

Mais fur tout quelle créance mérite l'Atte- 
ftation d'une perfonne qui nie un fait qu'elle 
n'a point far, lors que l'on a des témoignages 
de perfonnes qui y ont été pi efents,& qui l'a G- 
furent ? Quelle force peut donc avoir l'Atte- 
ftation , où Mr l'Evefque de Bruges nie que le 
P. de Hohande ait rien prefché de mauvais à 
Bruges , quoi qu'il n'ait point ailïfté à fes fer- 
mons i après que des perfonnes à qui on ne 

E iij 



I 



3d Doftrine meurtrière 

peut rien reprocher, ont déclaré & attefté 
avoir été préfens à un de fes fermons , & lui 
avoir entendu dire tout ce*que nous en avons I 
rapporté, & tout ce qu'on lui en a reproché ? 

L'on peut mefme ajouter qu'il n'y a rien de 
plus ridicule que cette Atteftation i & que lors 
que Mr l'Evelque de Bruges rend témoigna- 
ge des fermons du P. de Hollande , & qu'il 
déclare que ce Pere n'a rien prefehéqui net 
s'accorde avec la créance de l'Êî.lifc ; c'eil un j 
fourd qui juge des fons,& cuii rend témoigna- j 
ge qu'un concert qu'il n'entend point , eft 
d'accord. Il faut fça voir que mi * l'Evefque de 
Bruges eft Bourgaigiion de nailfance, & qu'il 
fçait fi peu le Flamand qu'ayant été nomme, il 
y a quelques années par Mr. l'Internonce de I 
Bruxelles, pour eftre juge dans le procès que 
les Héritiers de feu Mr Janfenius , Evefque 
d'Ipre , avoient intenté contre le P- Hazaid 
Jefuite j il fut recule par ces Heritieis prin- 
cipalement pour cette raifon , qui fut trouvée 
fi jufte qu'on leur donna un autre juge. 

Le P. de Hollande n'ayant donc f léché à 
Bruges qu'en Flamand ne doit-on pas rire , 
quand on voit un Evêque qui n'entend pas cet- 
te langue , rendre témoignage que ce Pere n'a 
rien prêché de mauvais, & qui ne foit ortho- 
doxe. Tous les Juiifconlult.es conviennent 
qu'un témoin doit dépofe félon le (ens par le- 
quel la chofe, dont il rend témoignage, peut- 
être connue : Teftis tefiimonmm dare débet ex 
fenfu qua res percipi potefl : dit Ba: toleic'cft» 
à-dire , que fi le fait dont on rend témoigna* 
ge, eft quelque choie qui ait été dit, le témoin 
doit l'avoir entendu , & déclarer qu'il l'a en- 
tendu de celui qu'on aceufe de l'avoir dit : qù 
s'â le veut décharger , il doit dire qu'il a étc 

■m 



des Jcfuttes. 31 
■pxéfent à tout ce qu'il a dit , & qu'il n'a rien 
I entendu de ce dont on L'accufe. Qujon juge 

■ fur cela fi le témoignage que Mr l'Evêque de 
I Bruges rend des fermons du P. de Hollande , 
I fans \i ira qu'il les a entendus, étant même d'u- 
I ne évidence publique qu'il ne les a pas enten- 
Idus, & qu'il n'elt pas capable de les entendre, 

■ ne f cachant pas le îlamand =, ne doit pas être 
Irejet'té comme illufoire , & contre toutes les 

■ relies de la Ju ri (prudence , ou plûtoft de l'é- 
1 luité naturelle? 

Tout ce qu'on peut dire à ceci , eft que Mr 
■fEvêquenJa pas donné cette Atteftation com- 
Ime témoin, mais comme juge-,& qu'il n'y par- 
Ile pas de lui-même, mais fur le rapport de per- 
[fonnes fages Se defintereflees i n'ayant rien dé- 
claré touchant les fermons du P. de Hollande 
[ qu'apiés s'en être bien informé. 
I Mais l'on réplique que tout cela fe dit en 
[l'air Se fans preuveme paroilfanten nulle ma- 
nière que cette Atteftation ait été donnée 
après une enquefte, Se fur le rapport ridelle de 
I ceux qui auroient oui tous les fermons que le 
P. de Hollande a faits à Bruges , o"u pour le 
; moins celui dont il s'agit. Lors qu'un juge 
prononce fon jugement far un fait, il ne man- 
que jamais de marquer qu'il en a fait enquête, 
& qu'il en a reconnu la vérité ou par la con- 
fefîlon des parties, eu par la dépofiiion des té- 
moins. 

Si Mr TEvefque de Bruges avoit donc re- 
cherché en cette manière la vérité de ce qu'on 
difoit des fermons du P. de Hollande , Se fi 
après s'en être bien informé , il avoit trouvé 
que ce qu'on en avoit dit eft faux : aifurément 
il n'auroit pas manqué de le marquer dans fon 
Atteftation i rien ne pouvant être ^lus avan- 



Doftrine meurtrière 
tageux à celui en faveur & aux prières de qui 
il déclare lui-même qu'il l'a donnée. Il n'y en 
a pas la moindre marque. Donc c'ell fe vou- 
loir tromper foy-méme , que de vouloir croire 
qu'il l'ait fait. Et ne l'ayant pas fait >• l'A tte- 
ftation qu'il a donnée ne peut paffer que pour 
un témoignage qu'on a mandié & obtenu par 
fuiprife > & qui ayant été donné fans connoif- 
fance de caufe, ne mérite aucune créance. 

Cette Atteftation fe ruinant donc d'elle- 
même, i & de plus éraju renverfée par des té- 
moignages de peifonnes qui déclarent avoir 
entendu le P. de Hollande prêcher ce qu'on 
lui reproche : que faur-il davantage pour le 
convaincie, tout fier qu'il eft d'avoir enfeigné 
une drcti iue meurtrière , & la plus pernicieu- 
fe à la Religron & à l'Eftat, qui fut jamais ; & 
pour jultifier tous ceux qui lui en anroient fait 
reproche, & qui s'en feioient plaints? L'on fçait 
bien qu'il fe vente qu'on ne trouvera jamais 
qu'il ait rien rétracté de ce qu'il a prêché -, & 
que c'ell par ce biais qu'il tâche de feduhe le 
monde. 

Mais loin que cet artifice exeufe ce Jefuite, 
c'eft ce qui le confond : paroiiïant par là qu'il 
fait gloiie.de n'avoir pas fait ce qu'auroit fait 
un prédicateur qui auroit eu quelque fenti- 
naent de religion & quelque amour pour la 
vérité. Magns, Jap : enri&, eft , lifons-nous 
dans les Canons de l'Eglife, revocare hominem> 
yuod mais locutus eft. N'eft-ce donc pas une 
intbience qui va jufqu'à l'extravagance , de fe 
vanter de n'avoir jamais retradé une do&i ine 
àufli abominable, qu'eft celle qu'il eil convain- 
cu d'avoir prefehée > & qui cn(eigne a tuer & 
à'étoufer des peifonnes innocentes fous l'ap- 
jàrance de je ne fçais quel zélé ? 

Que 



des Jefuites. 3 5 

Que ce Jefuite , fie jufqu'à l'infolence > Te 
vante donc tant qu'il lui plaira qu'il n'ft rien 
révoqué de ce qu'il a prête hé -, c'eft ce qu'on 
lui abandonne, fans fe mettre en peine de faire 
preuve du contrait e i & c'eft ce *qui marque 
en mefme temps l'extiéme aveuglement où la 
jufticc de Dieu le jettes & qu'il eft entefté de 
fes en eurs jufqu'à n'en fentii as l'ab omina- 
tion, & mefme jufqu'à faire gloire d'y demeu- 
rer attaché 

Un effet fingulier de cét aveuglement eft, 
qu'il ne voir pas que la vanité infolente avec 
laquelle il fait gloire de n'avoii pas 1 évoqué 
des fentimens aniïi meuirriers & languinaires 
que honteux qu'il eft convaincu d'avoir prê- 
chez , peut ouvrir les yeux aux Evefques i aux 
Rois,aux Princes ,& aux autres Puirfances qui 
gouvernent la Religion & l'bftat , & leur fai- 
re penfei de quelle importance il eft pour l'u- 
ne & pour l'autre d'arrefter le cours de ces ma* 
ximes meurtrières , qu'on peut infpirer en fe- 
cret , fi l'on n'ofe pas les débiter en public. 

Que de carnage & de meurtres ne doit-on 
pas craindre, fi on fouffre des prédicateurs qui 
tiennent pour maxime que des pères &des mères 
font un faciifice agréable à Dieu en égorgeant 
leurs enfans , lors qu'ils craignent qu'ils ne 
tombent entre les mains de ceux dont la Reli- 
gion eft tenue pour faulfe, & où l'on ne croit 
pas que l'on puifie efperer de falut ? Que de 
carnage & de meurtres ne fe commettront pas 
en fecret , fi de faux zélez font une fois perfua* 
<lez par ces prédicateurs ou confefleurs meur- 
triers , qu'ils font une a&ion de grand mérite 
de vant Lieu , en tuant les enfans de ceux dont 
la Religion ne femble pas bonne -, de crainte 
«que lois qu'ils feroiem devenus grands , ils ne 



54 DoUrlne meurtrière 

fuiviffent la Religion de leurs pères , & ne fe 
perdirent ? Enfin que de carnage & de meur- 
tres n'a-t-on pas fujer de ciaindie , fi l'on per- 
met d'écouter les confeils de ces confell'eurs 
ou prédicateurs fanguinaires , qui tiennent 
pour une action de charité d'étoufer des ma- 
lades pour les alfurer de leur Calut , lors qu'ils 
font dans les ii»eilleures difpcfnions, & qu'on 
craint que s'ils reviennent en tante, il ne re- 
tournent a leur premier libeitinage ? 

Il n'importe pas moins a la Religion de 
s'oppofer à des erreurs fi contraires à la loy de 
Dieu , & qui font le fcandale & la honte de 
l'Eglife. Il eft de fon honneur , aufli bien que 
du falut de fes enfans , de ne pas fouffrir dans 
fon feintais de foudioyer, ceux qui feroient 
gloire de les foutenir , ou de ne les pas révo- 
quer, après les avoir foûtenues. 



I I N.